Les Olympiades : Jacques Audiard dans l’air du temps

Les Olympiades : Jacques Audiard dans l’air du temps

Article publié le 24 novembre 2021 par Corentin Guery.

Synopsis : Paris 13e, quartier des Olympiades. Emilie rencontre Camille qui est attiré par Nora qui elle-même croise le chemin de Amber. Trois filles et un garçon. Ils sont amis, parfois amants, souvent les deux.

D’après trois nouvelles graphiques de l’auteur américain Adrian Tomine : Amber Sweet, Killing and dying et Hawaiian getaway.


Jacques Audiard réussit une nouvelle fois un nouveau tour de force. Avec une extrême fluidité, le réalisateur  et ses co-scénaristes Céline Sciamma et Léa Mysius entrelacent trois récits. Le film dépeint avec brio des personnages intéressants dont chacun capture finement l’état d’esprit d’une partie de la jeunesse. Les décors sont splendides et reflètent bien l’atmosphère si particulière de ce quartier multiculturel du 13ème arrondissement de Paris jonché de gratte-ciels insolites.

Réunir les solitudes, rallumer les cœurs éteints

Audiard dissèque les émois amoureux des vingtenaires d’aujourd’hui. Il parle de sexe et n’hésite pas à le montrer – les scènes très crues auraient peut-être justifié une interdiction aux moins de douze ans. Il parle surtout d’amour avec un romantisme étonnant.  Le sexe est une thérapie. Il est omniprésent pour  mieux masquer les sentiments, les fragilités de chacun,  donner l’impression qu’ on maîtrise tout : ses relations,  ses amours  et en particulier sa vie ; enfin s’en donner l’illusion… car la vulnérabilité des personnages se ressent très fortement  malgré leur désinvolture, leur dénis.

Le choix du noir et blanc permet de sublimer un quartier du 13ème emblématique, et tous les endroits sont bien identifiables et utilisés. Filmer la jeunesse d’aujourd’hui, à la fois extravertie et introvertie, pleine d’assurance et pleine de doutes, et assumant de plus en plus une liberté sexuelle accrue. Le tout avec une façon de filmer les corps avec beaucoup de beauté, sans que cela paraisse ni érotique ni vulgaire, mais authentique et naturel.

C’est touchant, et intriguant. les sujets abordé, comme le désir sexuel, le caractère identitaire, le questionnement ont vraiment une belle place dans toute la durée du film.

un trio d’acteur époustouflant

Le film est d’une étonnante fraîcheur. D’autant plus étonnante que le réalisateur qui le signe a près de soixante-dix ans. Cette fraîcheur, il la doit à ses trois interprètes principaux Le casting presque totalement inconnu (à part Noémie Merlant, très bien) s’en sort parfaitement aussi. Lucie Zhang, Makita samba et Jehnny Beth sont de belles découvertes. À la fois charismatiques, envoûtants et drôles, leurs personnages ont été travaillé par chacun avec sérieux et rigueur et cela se voit à l’écran. Une vraie alchimie se dégage.

Conclusion :

Drôle, touchant, virtuose, réjouissant: un grand moment de cinéma .Un film très littéraire, qui a su toucher de nombreux points sensibles sans se perdre. Les thèmes du désir et de la sexualité dans notre société sont omniprésent. Un long métrage très esthétique par son choix de mise en couleur en noir et blanc. Les acteurs assez peu connu se révèlent au grand public.

NOTE : 5/5 ★★★★★